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  21/12/2009  
  Pouvoirs Locaux n°83 : Les tabous de la décentralisation  
   
   
 

EDITO
Qu’est-ce qui rend les idées adhésives ?

Ce dernier numéro de l’année 2009 qui a fêté les vingt ans de Pouvoirs Locaux aurait pu être sous-titré : « Conversation sur les sujets qui fâchent ». Soyons optimistes en cette veille d’une nouvelle année. Par anticipation, prenons de bonnes résolutions. Et si nous abandonnions désormais les idées reçues, les lieux communs que le débat politique véhicule sur la décentralisation ? Pourquoi ne pas se réapproprier ces sujets — le fédéralisme, les autonomies locales, la hiérarchie infrarégionale, la différenciation territoriale, le pouvoir fiscal — qu’il serait interdit d’évoquer sous peine de rompre le charme ? Le charme, me direz-vous, a déjà été rompu cette année à coups de déclarations sur les réformes, celle de la taxe professionnelle, celle des collectivités territoriales. N’est-il pas temps dans ce contexte de reprendre la main ou plutôt de reprendre le verbe ?
En effet, pourquoi certains sujets sont-ils à ce point dérangeants qu’on préfère au bout du compte ne pas trop les aborder ou n’en discuter que de manière convenue ? Pourquoi véhicule t-on autant de concepts et de notions dont le sens originel (historique, philosophique, juridique) nous échappe ? Peut-on aborder sans faux-semblants les concepts-clés qui structurent le débat politique sur la décentralisation depuis plus de vingt ans ? C’est à cet exercice que ce sont livrés les auteurs de ce numéro.
Il en ressort un constat surprenant : certaines idées seraient intrinsèquement intéressantes (par exemple : « clarifier les compétences » ou encore « en finir avec le mille feuilles territorial ») et d’autres intrinsèquement inintéressantes — car tabous ? — (« supprimer la taxe professionnelle » ; « s’accommoder de la complexité »). Les idées naissent-elles intéressantes ou les rend-on intéressantes ? Comment nourrir les idées pour qu’elles fassent leur chemin ? C’est le lot de milliers d’entre nous : donner du poids à nos idées, essayer de les « faire passer ». La communication et ses techniques y sont pour beaucoup dans l’adhésion à une idée. On le sait, de bonnes idées peuvent avoir du mal à vivre leur vie…alors que des légendes traversent les temps comme par magie. Prenons un exemple : nous sommes nombreux à penser que « la Révolution, le Consulat et l’Empire n’auraient fait que s’inscrire dans une évidente continuité centralisatrice » ou encore que « la création des préfets en 1800 serait une simple renaissance du rôle autrefois dévolu aux intendants ». Revisitez les circonstances et les tournants de l’Histoire redonnent alors du sens et chassent les légendes et du même coup les idées erronées et chargées d’anathèmes.
L’année 2009 a été ouverte par un dossier consacré au « temps de l’action publique ». Le temps du national y est apparu liquide, rythmé par les storytelling en tout genre. Le temps des territoires est plus solide mais pour qu’il ne soit pas rugueux, les acteurs territoriaux n’aurait-ils pas intérêt à raconter leur propre histoire pour donner de l’adhérence à leurs idées, à leurs convictions, à leurs combats. Au Vème Congrès de l’Association des régions de France, l’Institut de la Décentralisation a présenté un film documentaire sur l’Histoire de la Décentralisation qui a reçu le meilleur accueil. Ceci fait penser à un ouvrage américain qui tentait de percer le mystère de l’efficacité des idées : pourquoi certaines idées politiques se répandent-elles comme une traînée de poudre quand d’autres disparaissent sans laisser de traces ? Réponse : de la simplicité, de l’inattendu, du concret, de la crédibilité, de l’émotion, une histoire… C’est tout ce que nous vous souhaitons pour l’année 2010.

Laurence Lemouzy

PARMI LES CONTRIBUTIONS

État jacobin » et centralisation,ou la pérennité de quelques idées fausses sur la Révolution française. Par Michel Biard
Cette contribution s’adresse à ceux qui pensent que « la Révolution, le Consulat et l’Empire n’auraient fait que s’inscrire dans une évidente continuité centralisatrice » ou encore que la création des préfets en 1800 serait une simple renaissance du rôle autrefois dévolu aux intendants ». Michel Biard nous entraîne à remettre en cause bien des lieux communs qui dans l’inconscient collectif français nous poussent à croire que nous avons toujours vécu — que ce soit sous les Bourbons, les Jacobins ou Napoléon Bonaparte — avec un État centraliseur.

La décentralisation est-elle dangereuse pour l’unité nationale ? Par Jean Viard
La décentralisation nuit-elle à l’unité nationale ou la renforce t-elle ? Pour répondre, Jean Viard emprunte trois cheminements de pensée. Le premier résume les effets de vingt-cinq ans de décentralisation. Le second se penche sur les modèles successifs de l’unité française avant d’analyser le retour des discours politiques identitaires. Jean Viard considère qu’il est temps de transformer notre « décentralisation de territoires » en «décentralisation de cités », de faire « coïncider territoires de vie et territoires politiques ».

Mécano territorial : de l’ordre territorial à l’efficacité interterritoriale. Par Daniel Béhar, Philippe Estèbe, Martin Vanier
Les pays de tradition unitaire et centralisée, tels le Royaume uni, l’Italie, l’Espagne ou la France n’en finissent pas de réformer leurs institutions locales. Que l’on ait choisi de basculer vers des formes fédérales, comme l’Espagne ou le Royaume Uni ou que l’on conserve des modalités de cohabitation entre le gouvernement central et les gouvernements locaux, l’architecture territoriale est soumise à des tensions, des contradictions et des controverses. Le paradoxe de cette oscillation permanente, qui dure depuis plus de vingt ans, est qu’elle se déploie dans un contexte général où le « territoire » a perdu de sa force économique et sociale : plus la société et l’économie s’affranchissent de facteurs de localisation « naturels »,plus la question du gouvernement territorial devient problématique.

Les auteurs :
Vincent Aubelle ❚ Daniel Béhar ❚ Michel Biard ❚ Jean-François Brisson ❚ Elsa Chavinier ❚ Victor Chomentowski ❚ Hugues Clepkens ❚ Michel Cotten ❚ Marc Dumont ❚ Philippe Estèbe ❚ Jean-Christophe Fromantin ❚ Cynthia Ghorra-Gobin ❚ Jean-Louis Girodot ❚ Guillaume Gourgues ❚ Patrick Kanner ❚ Philippe Laurent ❚ Rémi Lefebvre ❚ Laurence Lemouzy ❚ Jacques Lévy ❚ Emmanuel Négrier ❚ Jean-Marc Ohnet ❚ Sandrine Pilcer ❚ Jean-Pierre Saez ❚ Jacques Salvator ❚ Gilles Savary ❚ Mariona Tomàs ❚ Martin Vanie ❚ Jean Viard

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