Après le succès du lancement de la première émission sur les territoires de Canal Académie, en novembre dernier, la revue Pouvoirs Locaux prolonge le partenariat avec la première radio académique francophone sur Internet.
Pour sa deuxième émission, Laurence Lemouzy, rédactrice en chef de la revue Pouvoirs Locaux a choisi d'interviewer Jean-Pierre Balligand, député de l’Aisne, Co-président de l’Institut de la Décentralisation
Pour télécharger l'émission : http://idecentralisation.asso.fr/photovideo.php
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La réforme territoriale ou l’Acte III de la Décentralisation !
2009 fut une année de débats sur l’évolution des collectivités territoriales, 2010 devrait être l’année des décisions comme y incitait le rapport de la Commission présidée par Edouard Balladur « Il est temps de décider ». Ces derniers mois, plusieurs rapports parlementaires ont avancé des pistes de réforme pour les institutions territoriales et leurs compétences. Le Parlement examine en ce moment même les projets de loi du Gouvernement qui veulent donner un nouvel élan à la France décentralisée. On parle d’Acte III de la décentralisation après les lois de 1982 portées par Gaston Defferre et Pierre Mauroy (Acte I) et la révision constitutionnelle de 2003 suivie par la loi sur les libertés et responsabilités locales en 2004 sous le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin (acte II). Quels sont les enjeux institutionnels et politiques de cette réforme ? Quelle France territoriale se prépare à travers les mesures annoncées ? Quel est bilan de la décentralisation vingt-sept ans après les lois Defferre ? Qu’est-ce qui a fonctionné et qu’est-ce qui nécessite aujourd’hui d’être réformé ?
Il est temps de simplifier
« Le bilan de la décentralisation est globalement positif ». Pour Jean-Pierre Balligand l’élan décentralisateur fut un formidable appel à la prise de responsabilités des collectivités territoriales pour moderniser la France et ses services publics. Vingt-sept ans après, la modernisation des collèges et des lycées prouve face à la vétusté des universités que les collectivités ont su faire mieux que l’Etat. Cependant, deux critiques majeures peuvent permettre aujourd’hui de faire évoluer l’avenir de l’action publique territoriale.
La décentralisation s’est accompagnée d’une confusion des pouvoirs. Que comprend le citoyen dans le mécano territorial ? Sait-il qui fait quoi ? Une confusion entretenue par le principe de la clause générale de compétence qui a suscité l’intervention des collectivités dans des domaines dont elles n’avaient pas la compétence multipliant ainsi les financements croisés et l’illisibilité. La lisibilité citoyenne est mise à mal par cette complexité. Il est temps de simplifier.
Vers un affaiblissement de l’équilibre des pouvoirs
Les actes I (1982) et II (2003) de la décentralisation avaient entraîné des transferts de compétences importants de l’Etat vers les collectivités territoriales. Qu’en est-il de la réforme proposée par le Gouvernement ? Jean-Pierre Balligand constate que les projets de loi ne transfèrent aucun pouvoir. « C’est un texte de recentralisation. Aucune dévolution de pouvoirs n’est prévue ». Le président de l’Institut de la Décentralisation pointe d’autres risques : la départementalisation — voire la cantonalisation — de la région, liée à l’émergence du Conseiller territorial ; la disparition du dernier contre-pouvoir que constituent les collectivités territoriales et par là même un affaiblissement de l’équilibre des pouvoirs. Un affaiblissement également du pouvoir fiscal des collectivités territoriales que Jean-Pierre Balligand relie à la suppression de la Taxe professionnelle. « Ces mesures participent d’une volonté de diminuer l’action publique locale après avoir réduit l’action publique nationale. De toute évidence, ces réformes procèdent d’une stratégie d’inspiration libérale ».
Pour un débat démocratique dans les intercommunalités
Autre volet important de la réforme, la volonté d’achever la carte intercommunale d’ici 2014. L’intercommunalité doit-elle rester un espace de consensus politique ? Jean-Pierre Balligand constate le conflit récurrent entre légitimité communale et légitimité intercommunale qui conduit à une forme de paradoxe. Alors même que les communes ont perdu l’essentiel de leur pouvoir de décision, les élections communales demeurent très politisées. En revanche, aucun débat avec les citoyens n’est organisé à propos des responsabilités grandissantes des Etablissements Publics de Coopération Intercommunale (EPCI). Jean-Pierre Balligand propose de séparer l’exécutif du délibératif, les assemblées délibérantes demeurant l’émanation des conseils municipaux, l’exécutif étant élu directement élu au suffrage universel.
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